Chapitre II: Mon séjour dans le Sahel – Un voyage risqué à Gorgadji…

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Il est 5h30 du matin, l’équipe était déjà debout et prête pour un périple dangereux à l’intérieur du Sahel. Le levé du Soleil battait déjà son plein. La vue était magnifique! La fraîcheur matinale de l’harmattan se faisait déjà sentir. Ce temps, presque parfait dans une région habituée à des températures chaudes et des vents secs et poussiéreux, était idéal pour passer une grasse matinée près de sa famille. Mais, l’équipe composée d’environ neuf personnes, tous d’origines différentes devait se passer d’une telle opportunité pour un voyage risqué à travers le Sahel du pays des Hommes intègres. La veille, Ag m’avait demandé si j’avais une idée sur ce à quoi je m’engageais. Je lui répondis que non…. Ou disons, un peu mais pas trop. Il me dit avec un air assez sérieux que c’est l’une des zones les plus risquées du Sahel et que personne n’ose emprunter l’axe qui mène à Gorgadji. Je suis resté indifférent. De toute façon, j’étais prêt et rien ne pouvais me faire changer d’avis. Si l’aventure n’était pas risquée, ce n’est pas évident que je l’aurais acceptée.

Gorgadji, est un petit village situé dans la région du Sahel, à 45 Km d’Arbinda. Ces noms, beaucoup parmi les Burkinabè en ont déjà entendu. Aux lendemains de l’incident sécuritaire (14 Octobre 2020 sur l’axe Gorgadji-Dori) causé par des groupes armés ayant entrainé la mort de 11 civils et plusieurs blessés graves, la commune rurale de Gorgadji, est devenue un village d’accueil pour des milliers de personnes déplacées internes ayant besoins d’assistance humanitaire.

Au bord de notre mobylette, mon co-équipier et moi avions déjà pris la route. La route était non-bitumée et parsemée de nids de poule. Nous avancions à vive allure, la peur au ventre. On avait l’impression d’être dans une course poursuite contre le temps. Toute personne que nous avons croisée roulait à plus de 100 Km/h. L’idéal était de passer le moins de temps possible sur le tronçon, long d’une cinquantaine de kilomètres environ afin de pouvoir minimiser le risque.

En cours de route, nous avons eu un pneu crevé. A cause du danger qui nous guettait et l’absence de mécaniciens pendant le trajet, nous ne pouvions pas prendre le risque de faire un arrêt. On était obligé de maintenir notre allure jusqu’à la destination finale. Le paysage était beau, malheureusement l’apprécier et l’admirer à cet instant précis était le dernier de nos soucis. On souhaitait tout simplement survivre la traversée.

Il est 7h, nous arrivions enfin à Gorgadji. Nos visages, tendus depuis le réveil s’émerveillaient enfin. On pouvait sentir le soulagement. Les autres membres de l’équipe sont aussi arrivés sains et saufs. Enfin, on pouvait savourer un petit déjeuné type Sahel. Je suis resté silencieux à notre arrivé. J’avais été beaucoup secoué en cours de route et mes céphalées de tension se déclenchaient petit à petit. Mon co-équipier me demandait à plusieurs reprises si tout allait bien. Sans hésiter je disais oui. Et, tout allait bien d’ailleurs. Je suis assez spirituel et lorsque je suis silencieux, je cogite beaucoup. J’ai parfois besoin d’un peu de temps pour mettre de l’ordre dans mon esprit, d’où mon silence inexpliqué.

Concessions de Gorgadji.

Gorgadji, un très beau village. J’étais très émerveillé. Les habitants étaient très accueillant et très chaleureux. Ici, tout le monde se connait (tout le monde connais tout le monde, dans notre jargon). Du coup, il est très facile pour les autochtones de détecter les visages étrangers. Le village est parsemé de rôniers (borasse), comme si on était dans les tropiques. Le village est très bien organisé avec une architecture assez particulière. Les concessions sont construites avec des matériaux locaux composé d’un mélange d’argile rouge et de paille, ce qui donne une touche esthétique propre au village. Malgré l’inquiétude, et l’insécurité, les gens vaques à leurs occupations dans la joie et la bonne humeur. L’hospitalité est au Rendez-vous. Le village constitue un refuge pour des milliers de déplacés internes ayant fuis les villages voisins dû aux menaces de groupes armés, les conflits, etc. La Solidarité, c’est comme un réflexe. Presque chaque famille à Gorgadji accueille volontairement les déplacés et sans abris, le temps que ces derniers puissent trouver des abris permanents.

Gorgadji.

J’avais été placé au sein d’une famille d’accueil. Zeri, un jeune de la région nous avait fait la place dans sa concession familiale. On avait aussi été proposé une place dans la cours Royale. Quel dilemme! Comme le disais Ag, un africain ne peut jamais manquer d’abris en Afrique.

Les nuits sont paisibles dans ce village. Calme, doux et remplie d’étoiles, le ciel était toujours clair. Comme dans les coutumes africaines, nous passions nos nuits à la belle étoile, à se raconter des histoires et à discuter de la vie. Un de ses beaux soir, on avait abordé le thème des ethnies du Sahel. Ag, qui est Tamashek nous faisait le point sur toutes les ethnies présentes au Sahel. Il faut dire que j’étais beaucoup ignorant de la multitude des ethnies que l’on pouvait rencontrer chez nous au Burkina. Dans le Sahel il y’a les Peuls, les Bella, les Fulsé, les Touareg, les Tamasheks, etc. pour ne citer que quelques-uns. Un autre soir on abordait le thème de l’éducation et de son importance dans la société actuelle. Chaque soir avait son thème. Que la vie est belle! On ne finit jamais d’apprendre, surtout quand il s’agit des leçons de vie que les ainés partagent lors de ses cosettes nocturnes.

Chaque couché du soleil était spectaculaire. 

Ce n’est pas le grand luxe a Gorgadji. Il n’y a ni eau potable ni électricité. La vie pourrait paraitre être difficile dans de telles conditions mais ce n’est pas vraiment le cas à Gorgadji. Le bonheur qui y règne pourrait laisser croire que c’est le paradis sur terre. Après tout, être heureux, c’est de savoir apprécier le peu que l’on a. Je me suis tout de suite adapté à mon nouvel environnement. La chaleur humaine qui règne ici va au-delà de ce à quoi l’on puisse s’imaginer.

Source d’eau et mode de transport.

Je m’étais lancé inconsciemment dans une routine, que je qualifierais d’intéressante, bien que je déteste la routine. Pour tuer le temps, je me plongeais dans le livre d’Ophélie Kosimbo, Kibaré? Je viens aux nouvelles”. A l’aide de mon smartphone, j’écrivais aussi ce mémoire, que vous êtes en train de lire actuellement. J’écoutais parfois beaucoup de musique africaine pour passer le temps. J’adore la musique africaine! L’équipe quant à elle, jouait à des jeux de société ou préparait du thé pendant les temps libres. Au sahel le thé, ça fait partie de la culture. Je ne saurai vous donner les raisons.

Kibaré ? Je viens aux Nouvelles, par Ophélie Kosimbo.

Se sentir à l’aise dans une communauté hôte peut être chose difficile, mais pas impossible. En tant qu’êtres humains dotés de raison, nous devons être à mesure de pouvoir développer notre capacité d’adaptation. Il est important de respecter les valeurs culturelles de la communauté hôte si l’on veut être facilement accepté. La courtoisie et la bienveillance devraient être notre seconde nature.

Ma famille m’appelait tous les jours pour prendre de mes nouvelles. Il faut dire qu’ils étaient assez inquiets, mais que dire ? Hors mis le fait que ‘’nous’’ (communautés dans le sahel) sommes sujets d’attaques à répétition, il fait bon vivre dans le Sahel, particulièrement à Gorgadji.

J’étais un peu fatigué de mon séjour à Gorgadji. Il faut bien le dire. Cette semaine passée loin de ma zone de confort commençait à être longue et monotone pour moi. Une semaine sans électricité ni internet, sans eau potable, etc. pourrait paraitre comme une éternité. Enfin, le jour du retour arriva. J’étais excité à l’idée de retourner enfin chez ‘’moi’’. Comme à l’accoutumé, le départ était prévu à la première heure. Avant de prendre la route, nous avons effectué nos prières. Comme à notre arrivé, on s’était encore engagé dans une course poursuite contre la montre pour la traversée de l’axe. Après seulement 10 minutes de trajet, nous avons aperçu un groupe de voyageurs nous faisant des signes de main, signalant que nous devons effectuer un demi-tour. C’était la panique totale. Sans chercher à comprendre, on exécuta.

L’équipe…

Une fois de retour à l’entrée de Gorgadji, ces derniers nous expliquent qu’ils ont aperçus des groupes armés sur l’axe, ce qui les força à replier chemin. On était assez surpris et effrayé, mais on voulait en savoir plus. Les voyageurs nous font comprendre qu’il fallait attendre un peu avant de continuer. L’attente, qui n’a duré que 10 à 15 minutes à paru très longue. En file indienne, nous avons repris la course. La vue était obstruée par la poussière, dégagée par les voyageurs devant nous. On avançait à vive allure. On ne regardait ni à gauche, ni à droite. On fonçait seulement. Après environ 1 heure de traversée, nous arrivons enfin dans un petit village, à proximité de notre zone de provenance. La zone paraissait ”Safe”, comparativement au reste. Quel soulagement! Malheureusement, dans notre élan, nous avons eu un petit accrochage sur la voie bitumée. Je fus propulsée de la moto, roulant sur le bitume chaud, je n’ai pas eu le temps pour comprendre ce qui s’était passé. J’ai eu quelques blessures légères.

Une tête d’accidenté, *rire*…

Nous avons appelé un renfort, qui accouru immédiatement avec des véhicules pour me conduire dans une clinique. Plus de peur que de mal. Je suis resté positif car cela aurait pu être pire. J’ai apprécié la solidarité de mon équipe. Maintenant, Il faut passer à autre chose et aller de l’avant. Je me préparais psychologiquement et physiquement pour un second voyage à Gorgadji car il nous est impensable de laisser les populations vulnérables de cette localité dans le désarroi.  

Arrêt sur images

Abris de fortune, dans lesquels logent certain déplacés internes ayant fouis leurs villages pour des raisons sécuritaires.
Cette source d’eau, telle que vous la voyez est consommée par certains déplacés internes.

Fin.

4 thoughts on “Chapitre II: Mon séjour dans le Sahel – Un voyage risqué à Gorgadji…

  1. Quel bravour!!! Il faut vraiment aimer ce que l’on fait pour ne voir que le côté positif et attractif de l’activité !!!! félicitations et bon courage

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  2. Haya, j’ai retenu mon souffle tout au long de la lecture !

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  3. Bel article. Du courage mon humanitaire.

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  4. Super Gildas, mais tu as oublié de mentionner des longues heures de communication 😂

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